Un délébile

 

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De nouveau l'envie d'écrire, un peu...
La suite est là :

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15.10.06 11:12


J'ai été moi-même vagabond, mais j'ai dû abandonner aux alentours de 1956 à cause du nombre croissant d'histoires, à la télévision, sur les méfaits abominables des étrangers portant des sacs qui marchaient seuls, en êtres indépendants. - J'ai été cerné par trois voitures de police à Tucson, Arizona, à deux heures du matin. Je marchais sac au dos pour aller passer une douce nuit à dormir dans le désert de la lune rouge:
"Où allez-vous?
-Dormir.
-Où?
-Sur le sable.
-Pourquoi?
-J'ai mon sac de couchage.
-Pourquoi?
-J'étudie la vie ne pleine nature.
-Qui êtes-vous? Vos papiers.
-Je viens de passer l'été au Service Forestier.
-On vous a payé?
-Ouais.
-Alors, pourquoi n'allez-vous pas à l'hotel?
-J'aime mieux le grand air. Et c'est gratuit.
-Pourquoi?
-Parce que je fais une études sur les chemineaux.
-Qu'est-ce que ça va vous donner?
Ils voulaient que je leur explique pourquoi je menais une existence de vagabond, et ils faillirent bien m'arrêter, mais je leur dis bien sincèrement ce qu'il en était et ils finirent par se gratter la tête en disant: "Allez-y, si c'est ça que vous voulez".
Ils ne m'ont pas proposé de faire avec eux en voiture les sept kilomètres qui nous séparaient du désert.

4.1.06 18:38


En relisant les quelques pages d'aveux autobiographiques que Miller m'écrivait en 1938, je suis frappé aujourd'hui bien plus que je ne le fus alors par le sens profond, par la portée symbolique, de sa vie et de ses goûts. Comme pour tout américain, il me semblait naturel alors que Miller eût vingt fois changé l'orientation de sa vie, eût exercé cent professions différentes aussi étranges, aussi déconcertantes les unes que les autres. Sportsman, pianiste virtuose, boxeur, tailleur, agent d'assurance, chasseur d'hôtel, bibliothécaire, statisticien, fossoyeur, crève-la-faim et directeur du personnel d'une Compagnie de Télégraphe, tribun de caisses d'emballage, et mille autres choses encore, éternel inadapté, qui ne cherche ni le profit ni le prestige, mais simplement un mode de vie qui le satisfasse dans un monde impitoyable pour l'homme qui refuse l'asservissement, fût-il doré. Cette lutte pour parvenir que mène tout Américain, Miller la mène avec le seul souci de ne rien abdiquer de sa personnalité. Il fuit la servitude comme le navire fuit la tempête, et démissionne d'un poste important qui lui assurait fortune et honneur parce qu'il y perdait sa liberté. Il s'en va, un beau soir, sans avertir personne, sans toucher ses émoluments, las de commander à des cohordes d'employés, las d'être un rouage, fût-ce le plus important, dans un mécanisme qui l'absorbe et anéanti son âme. Il décide d'écrire pour vivre, c'est à dire de mourir de faim. Il s'évade de l'Amérique, fonce à travers l'océan, se perd dans Paris. Se perd - se retrouve, parfaitement libéré, purifié, lui-même, face à face avec lui-même, au hasard des chambres d'hôtel, au hasard des rencontres, à la merci de l'amitié, sans contraintes, sans scrupules, l'esprit nettoyé, le coeur ardent, et l'estomac souvent vide. Ni la misère ni la faim ne le découragent, ne le font renoncer à son projet de n'appartenir qu'à lui-même, et de ne considérer les servitudes passagères auxquelles il faut se soumettre pour autre chose que des expédiants.

4.1.06 18:18


"Tropique du Cancer", Henri Miller


C'est maintenant l'automne de ma seconde année à Paris. On m'y a envoyé pour une raison dont je n'ai jamais pu sonder la profondeur. Je n'ai pas d'argent, pas de ressources, pas d'espérances. Je suis le plus heureux des hommes au monde. Il y a un an, il y a six mois, je pensais que j'étais un artiste. Je n'y pense plus, je suis! Tout ce qui était littérature s'est détaché de moi. Plus de livres à écrire, Dieu merci!


Et celui-ci, alors? Ce n'est pas un livre. C'est un libelle, c'est de la diffamation, de la calomnie. Ce n'est pas un livre au sens ordinaire du mot. Non! C'est une insulte démesurée, un crachat à la face de l'Art, un coup de pied dans le cul à Dieu, à l'Homme, un Destin, au Temps, à la Beauté, à l'Amour!..., à ce que vous voudrez.

3.1.06 17:03


Novalis

"C'est vers l'intérieur que va le chemin mystérieux"

31.12.05 21:35


Tous les hommes cherchent le bonheur, même ceux qui vont se pendre.

Mais Tristan n'en avait pas encore conscience quand il est monté sur sa chaise.

13.12.05 13:47


"L'horloge" - Charles Beaudelaire

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Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! »
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,


Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.


Trois mille Six Cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !


Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !


Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.


Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : « Meurs, vieux lâche! Il est trop tard ! »


 Charles Baudelaire


 

10.12.05 09:38


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